La Translation des Cendres d' Émile ZOLA


LA TRANSLATION DES CENDRES
d' Émile ZOLA
AU
PANTHÉON


Supplément à L’ILLUSTRATION, 6 juin 1908


Texte

Jeudi dernier, a été célébrée la cérémonie de la translation des restes d’Émile Zola au Panthéon.
La veille au soir, on avait exhumé ces restes du caveau où ils reposaient depuis 1902, année de la mort de l’illustre écrivain. Tandis qu’une foule compacte stationnait aux abords de la nécropole, dont l’accès était interdit au public, la famille et quelques amis privilégiés assistaient seuls à la funèbre opération. Lorsqu’on eut procédé à l’extraction du cercueil, on constata que l’enveloppe extérieure de chêne était fortement endommagée par l’humidité, et l’on prit d’urgence des mesures pour la remplacer. Cette substitution faite, un fourgon attelé de deux chevaux emportait aussitôt le corps. Sous la surveillance de la police, le trajet à travers Paris s’effectuait à une rapide allure, sans incidents, jusqu’au quartier latin. Là régnait une vive effervescence, plutôt hostile, et ce fut au milieu de clameurs contradictoires que Mme Zola descendit d’un auto-taximètre pour franchir, accompagnée des deux enfants, M. Jacques et Mlle Denise Zola, la grille du Panthéon devant laquelle se tenaient M. Dujardin-Beaumetz, sous-secrétaire d’État, et un groupe d’intimes, chargés de la veillée funèbre.

La solennité du 4 juin s’accomplit suivant le cérémonial protocolairement fixé, en présence du président de la République, des présidents des Chambres, des membres du gouvernement, des corps constitués, de la famille et d’un certain nombre d’invités. Mais après le discours panégyrique de M. Doumergue, ministre de l’Instruction publique, et l’exécution de la partie musicale du programme, comme le cortège, le président de la République en tête, se dirigeait vers le péristyle, pour assister au défilé des troupes, deux détonations retentirent. On venait de tirer des coups de révolver sur le commandant Alfred Dreyfus qui était atteint au poignet droit. L’identité de l’auteur de l’attentat, immédiatement arrêté et interrogé par les magistrats du parquet présents, fut vite établie : c’est M. Grégory, âgé de soixante-cinq ans, qui, sous le pseudonyme de Grégore, collabore à la France militaire et au Gaulois. Conduit à la mairie du Ve arrondissement, le commandant Dreyfus reçut les premiers sois du professeur Pozzi et de son frère, le docteur Pozzi, député de Reims.

Bas de vignettes :

1- L’exhumation au cimetière Montmartre (3 juin, 7 h. soir) : on transfère le cercueil de plomb dans une nouvelle enveloppe de chêne.

2- Devant le Panthéon, Mme Zola descend d’un taxi-auto, attendue par les enfants du romancier, M. Jacques et Mlle Denise Zola.

3- Après l’attentat (4 juin, 10 h. 30 matin) : M. Gregory est conduit par M. Mouquin et le gardien Cassan au poste de police voisin.

4- Blessé, le commandant Dreyfus (en chapeau haut de forme, au centre du groupe, et le poignet soutenu par le docteur Pozzi, en uniforme d’académicien) est accompagné à la mairie du Panthéon pour un premier pansement.

Transcription d'après une copie originale par André Paillé

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" Édité dans le but de mieux connaître et aimer Émile ZOLA "



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